Text
Editionsbericht
Übersetzungen
Literatur: Musset
Literatur: Poetologische Lyrik
Literatur: Revue de Paris
| 5 |
[11] O vous, race des dieux, phalange incorruptible, Électeurs brevetés des morts et des vivans — Porte-clefs éternels du mont inaccessible, Guindés, guédés, bridés, confortables pédans! — Pharmaciens du bon goût, distillateurs sublimes, |
|
| 10 |
Seuls vraiment immortels, et seuls autorisés, Qui, d'un bras dédaigneux sur vos seins magnanimes Secouant le tabac de vos jabots usés, Avez toussé — soufflé — passé sur vos lunettes Un parement brossé pour les rendre plus nettes, |
|
| 15 |
[12] Et d'une main soigneuse ouvrant l'in-octavo, Sans partialité, sans malveillance aucune, Sans vouloir faire cas ni des ha! ni des ho! Avez lu posément..... la ballade à la lune!!! Maîtres, maîtres divins, où trouverai-je, hélas! |
|
| 20 |
Un fleuve où me noyer, une corde où me pendre, Pour avoir oublié de faire écrire au bas: Le public est prié de ne pas se méprendre.... Chose si peu coûteuse et si simple à présent, Et qu'à tous les piliers on voit à chaque instant — |
|
| 25 |
Ah! povero, ohi me! — Qu'a pensé le beau sexe? On dit, maîtres, on dit qu'alors votre sourcil, En voyant cette lune, et ce point sur cet i, Prit l'effroyable aspect d'un accent circonflexe! Et vous, libres penseurs, dont le sobre dîner |
|
| 30 |
Est un conseil d'état, — immortels journalistes, Vous qui voyez encor sur vos antiques listes, Errer de loin en loin le nom d'un abonné! Savez-vous le Pater et faites-vous aux vôtres Pardon de leurs péchés, comme ils le font des autres? |
|
| 35 |
— O vieux sir John Falstaff! quel rire eût soulevé Ton large et joyeux corps, gonflé de vin d'Espagne, En voyant ces buveurs, troublés par le champagne, Pour tuer une mouche apporter un pavé? [13] Salut, jeunes champions d'une cause un peu vieille, |
|
| 40 |
Classiques bien rasés, à la face vermeille, Romantiques barbus, aux visages blémis — Vous qui des Grecs défunts balayez le rivage, Ou d'un poignard sanglant fouillez le moyen âge, Salut! — J'ai combattu dans vos camps ennemis. |
|
| 45 |
Par cent coups meurtriers devenu respectable, Vétéran, je m'assois sur mon tambour crevé; Racine, rencontrant Shakspeare sur ma table, S'endort près de Boileau, qui leur a pardonné. Mais toi, moral troupeau dont la docte cervelle |
|
| 50 |
S'est séchée en silence aux leçons de Thénard, Enfans régénérés d'une mère immortelle, Qui savez parler vers, prose, et naïf dans l'art, O jeunesse du siècle, intrépide jeunesse! Quitteras-tu pour moi le Globe ou les Débats? |
|
| 55 |
— Lisez un paresseux, enfans de la paresse... Muse, reprends ta lyre, et rouvre-moi tes bras. — France, ô mon beau pays, j'ai de plus d'un outrage Offensé ton céleste, harmonieux langage, Idiome de l'amour, si doux qu'à le parler |
|
| 60 |
Tes femmes sur la lèvre en gardent un sourire — — Le miel le plus doré qui sur la triste lyre De la bouche et du cœur ait pu jamais couler! [14] Mère de mes aïeux, ma nourrice et ma mère, Me pardonneras-tu? — Serai-je digne encor |
|
| 65 |
De faire sous mes doigts vibrer la harpe d'or? Ce ne sont plus les fils d'une terre étrangère Que je veux célébrer, ô ma belle cité! Je ne sortirai pas de ce bord enchanté Où, près de ton palais, sur ton fleuve penchée, |
|
| 70 |
Fille de l'occident, un soir tu t'es couchée..... Lecteur, puisqu'il faut bien qu'à ce mot redouté Tôt ou tard à présent tout honnête homme en vienne, C'est, après le dîner, une faiblesse humaine Que de dormir une heure en attendant le thé. |
|
| 75 |
Vous le savez, hélas! alors que les gazettes Ressemblent aux greniers dans les temps de disettes, Ou lorsque par malheur on a, sans y penser, Ouvert quelque pamphlet fatal à l'insomnie, Quelques Mémoires sur *** — — Essai de poésie... |
|
| 80 |
— O livres précieux, serait-ce vous blesser Que de poser son front sur vos célestes pages, Tandis que du calice embaumé de l'opium, Comme une goutte d'eau qu'apportent les orages, Tombe ce fruit des cieux appelé somnium? |
|
| 85 |
Depuis un grand quart d'heure incliné sur sa chaise Rafaël (mon héros) sommeillait doucement. [15] Remarquez bien, lecteur, et ne vous en déplaise, Que c'est tout l'opposé d'un héros de roman. Ses deux bras sont croisés — une ample redingote, |
|
| 90 |
Simplicité touchante, enferme sous ses plis Son corps plus délicat qu'un menton de dévote, Et ses membres vermeils par le bain assouplis. Dans ses cheveux huilés d'un baptême à la rose, Le zéphyr mollement balance ses pieds nus; |
|
| 95 |
Et son barbet grognon, qui près de lui repose, Supporte fièrement ses deux pieds étendus; Tandis qu'à ses côtés, sous le vase d'albâtre Où dort dans les glaçons le bourgogne mousseux, Le pudding entamé, de sa flamme bleuâtre, |
|
| 100 |
Salamandre joyeuse, égaie encor les yeux. Son parfum, qui se mêle au tabac de Turquie, Croise autour des lambris son brouillard azuré, Qui s'enfuit comme un songe, et s'éteint par degré. Trois cigares le soir, quand le jeu vous ennuie, |
|
| 105 |
Sont un moyen divin pour mettre à mort le temps. Notre ame (si Dieu veut que nous ayons une ame) N'est pas assurément une plus douce flamme, Un feu plus vif, formé de rayons plus ardens, Que ce sylphe léger qui plonge et se balance |
|
| 110 |
Dans le bol où le punch rit sur son trépied d'or. Le grog est fashionable, et le vieux vin de France Réveille au fond du cœur la gaîté qui s'endort; [16] — Mais quel homme, fût-il né dans la Sibérie, Des baisers engourdis de deux êtres glacés; |
|
| 115 |
Eût-on sous un cilice étouffé de sa vie La séve languissante et les germes usés; Se fut-il dans la cendre abreuvé dès l'enfance De végétaux sans suc et d'herbes sans chaleur; Quel homme, au triple aspect du punch, du vin de France, |
|
| 120 |
Et du cigarero, ne sentirait son cœur, Plein d'une joie ardente et d'une molle ivresse, S'ouvrir un paradis des rêves de jeunesse?... Reine, reine des cieux, ô mère des amours, Noble, pâle beauté, douce Aristocratie, |
|
| 125 |
Fille de la richesse..... ô toi, toi qu'on oublie, Que notre pauvre France aimait dans ses vieux jours! Toi que jadis du haut de son paratonnerre Le roturier Franklin foudroya sur la terre Où le colon grillé gouverne en liberté |
|
| 130 |
Ses noirs, et son tabac par les lois prohibé; Toi qui créas Paris, tuas Athène et Sparte, Et sous le dais sanglant de l'impérial pavois, Comme autrefois César, endormis Bonaparte, Aux murmures lointains des peuples et des rois — |
|
| 135 |
Toi qui, dans ton printemps, de roses couronnée, Et comme Iphigénie à l'autel entraînée, Jeune, tombas frappée au cœur d'un coup mortel... — As-tu quitté la terre et regagné le ciel? [17] Nous te retrouverons, perle de Cléopâtre, |
|
|
Dans ce divin poison à la teinte rougeâtre, Qui dans ses flots profonds un jour te consuma. "Hé! hé! dit une voix, parbleu! mais le voilà. Messieurs, dit Rafaël, entrez, j'ai fait un somme." |
[Fußnote, S. 11]
Ces vers inédits forment la première partie d'un poème intitulé:
Les secrètes Pensées de Rafaël , et qui sera publié réuni à d'autres poèmes vers la fin de juillet , chez Urbain Canel et Levavasseur .
zurück
Erstdruck und Druckvorlage
Revue de Paris.
Bd. 16, 1830, 4. Juli, S. 11-17.
PURL: https://hdl.handle.net/2027/uiug.30112125163441
Gezeichnet: Alfred de Musset.
Die Textwiedergabe erfolgt nach dem ersten Druck
(Editionsrichtlinien).
Revue de Paris online
URL: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34437736v/date
URL: http://opacplus.bsb-muenchen.de/title/281647-7
URL: https://catalog.hathitrust.org/Record/000599677
Aufgenommen in
Kommentierte Ausgaben
Übersetzung
Literatur: Musset
Castagnès, Gilles / Chelebourg, Christian (Hrsg.): Musset, auteur "tout nu".
Paris 2019.
Chamarat, Gabrielle: L'esthétique de la poésie de Musset
dans les textes critiques en prose.
In: Musset. Poésie et vérité.
Hrsg. von Gisèle Séginger.
Paris 2012 (= Romantisme et modernités, 137), S. 293-303.
Chotard, Loïc u.a. (Hrsg.): Musset.
Paris 1995 (= Collection "Mémoire de la critique").
Diaz, José-Luis: L'écrivain imaginaire.
Scénographies auctoriales à l'époque romantique.
Paris 2007.
Guyaux, André u.a. (Hrsg.): Fortunes de Musset.
Paris 2011.
Heinich, Nathalie: L'élite artiste. Excellence et singularité en régime démocratique.
Paris 2005 (= Bibliothèque des sciences humaines).
Keck, Thomas A.: Frankreich-Bilder für eine Lyrik-Ausstellung.
Eine Darstellung deutscher Rezeption französischer Literatur bis Mitte des 19. Jahrhunderts.
In: Weltliteratur in deutschen Versanthologien des 19. Jahrhunderts.
Hrsg. von Helga Eßmann u.a.
Berlin 1996 (= Göttinger Beiträge zur Internationalen Übersetzungsforschung, 11), S. 3-50.
Ledda, Sylvain u.a. (Hrsg.): Poétique de Musset.
Mont-Saint-Aignan 2013.
Schlaffer, Heinz: Das Dichtergedicht im 19. Jahrhundert.
Topos und Ideologie.
In: Jahrbuch der Deutschen Schillergesellschaft 10 (1966), S. 297-335.
Séginger, Gisèle: Un lyrisme de la finitude.
Musset et la poésie.
Paris 2015.
Vaillant, Alain: La crise de la littérature.
Romantisme et modernité.
Grenoble 2005 (= Collection: "Bibliothèque stendhalienne et romantique").
Literatur: Revue de Paris
Cousin, Guillaume: La Revue de Paris (1829-1834):
un "panthéon où sont admis tous les cultes".
Paris 2021.
Lombez, Christine: La Revue de Paris et la poésie allemande (1829-1845).
In: Revue de littérature comparée 306 (2003), S. 133-154.
Edition
Lyriktheorie » R. Brandmeyer