Text
Editionsbericht
Literatur: Rémusat
Literatur: Le Globe
Essai littéraire sur le génie poétique au XIXe siècle, par M. Artaud (1).
On a déjà essayé dans ce journal de faire connaître l'état de la poésie française, par la comparaison et l'examen de [548] nos trois poëtes les plus renommés. M. Artaud s'est proposé une tâche plus difficile et plus relevée: il a recherché quels sont les caractères du génie poétique au dix-neuvième siècle; il s'est demandé si, comme on l'entend souvent redire, le travail, l'industrie, le calcul qui jouent un si grand rôle de nos jours, formaient un obstacle insurmontable à la renaissance de la poésie parmi nous, et si la civilisation etait en effet l'effroi des muses. Cette question est curieuse et neuve; elle exige, avec une profonde connaissance des choses littéraires, une connaissance égale des esprits et des mœurs. Elle est philosophique à tous égards, soit qu'on réduise la philosophie à l'étude des facultés et des besoins essentiels de la nature humaine, soit qu'on la borne à l'observation des hommes, tels que les donnent le temps, l'éducation et l'expérience.
L'émotion que nous procure la présence des beautés de l'univers paraît à M. Artaud la preuve d'une alliance secrète entre l'homme et la nature: l'homme en est touché parcequ'elle révèle les puissances de son âme, et en retour il l'anime, en voyant dans ses phénomènes les symboles des affections qui l'agitent. Cette double faculté, c'est l'imagination. Mais l'imagination elle-même serait froide, si la passion ne lui prêtait ses feux. L'imagination passionnée, voilà la source de l'inspiration.
Si le poëte se prouve par le don de sentir et l'art de peindre, si le cœur et la nature forment son domaine, il doit y avoir deux poésies, l'une qui se complaît dans la nature extérieure, l'autre qui n'est que l'écho de l'émotion intérieure. Mais ce n'est pas encore là toute la pensée: en nous réside un étrange pouvoir qui nous transporte au-delà des réalités, et qui, tour à tour religieux ou superstitieux, révèle un monde invisible par de célestes visions, ou peuple le monde présent par des fictions inventées. Ce besoin ou ce don du merveilleux complète le talent poétique.
La civilisation, qui déjà semble nous éloigner de la nature, nous refroidit bien plus encore pour le merveilleux. Mais il n'en reste pas moins dans le cœur humain un fond inépuisable de passions et de sentiments, aliment éternel d'enthousiasme ou de rêverie. Aussi la poésie moderne a-t-elle pour caractère dominant d'être intérieure, réfléchie, méditative. Elle est comme une harmonieuse histoire du cœur de celui qui la compose; elle répond particulièrement à cette disposition contemplative qui n'est pas rare dans ce siècle, et qui se produisit d'abord dans le roman, où elle remplaça les aventures par les émotions. Lord Byron le premier et le seul a su la rendre réellement poétique; et par une création neuve et hardie, il a transporté dans l'action l'observation de soi-même, et donné à ses héros le don de juger et de se peindre, sans leur ôter le mouvement ni ia vie.
Cependant un grand défaut s'attache à ce genre; c'est la monotonie. Naturellement borné, il n'est propre qu'à peindre des individus; il ne peut atteindre à cette universalité, un des droits, un des devoirs de la poésie. Il produit des portraits plutôt que des tableaux.
On ne sait donc quelle ressource resterait à la poésie, si les faits ne nous la montraient renouvelant ses formes et ses couleurs chez un vieux peuple, riche pourtant, commerçant, calculateur, enfin livré aux travaux et aux jouissances les plus prosaïques de la civilisation moderne. On sent que M. Artaud veut parler ici de Walter Scott. Ivanhoe lui paraît la véritable épopée de notre âge. Et c'est un fait remarquable que cette fois encore le roman a ouvert une nouvelle route à la poésie. C'est par ce genre que tous les autres genres doivent être modifiés, et comme retrempés; c'est à l'école de Walter Scott que le poëme épique, la tragédie, la comédie, le conte, la romance, doivent prendre leçon pour se remettre en harmonie avec les besoins des esprits; ou, pour mieux dire, c'est en se rapprochant de la réalité que la poésie doit retrouver force, jeunesse, et fraîche. Trop long-temps fêtée dans un monde factice, qu'elle revienne au vrai, qu'elle respire l'air natal, et elle se ranimera.
Tel est le résumé des principales idées de M. Artaud, et nous avons cru que le meilleur moyen de les faire approuver était de les extraire. A la froideur de cette analyse, le lecteur voudra bien substituer en pensée l'attrait d'un langage dont l'exactitude n'altère point l'élégance, et qui donne de l'effet à la raison. Nous regrettons seulement que M. Artaud n'ait pas insisté davantage sur les difficultés que présentait parmi nous la renaissance d'une poésie contemporaine et nationale, et qu'il n'ait point essayé d'indiquer d'avance les voies qui doivent conduire à la nouveauté sans passer par la bizarrerie. Un reproche atteindra toujours les critiques qui prêchent contre la routine; c'est de savoir beaucoup mieux blâmer ce qui se fait que d'enseigner à faire, et la critique la plus originale paraîtra toujours dans l'opinion au-dessous de la création la plus commune. Le plus grand des défauts, c'est la stérilité, et pour que la nouveauté soit reconnue supérieure aux ouvrages de convention, il faut tout au moins qu'elle existe.
Toutefois il ne faut pas désespérer. L'Essai sur le génie poétique a été lu cette année à l'ouverture des cours de l'Athénée. Ainsi la véritable philosophie littéraire a envahi le trône même de La Harpe. Déjà, depuis quelques mois, le ton de la critique a changé dans les journaux. Les vieilles doctrines commencent à s'amender, à se modifier, à se rétracter; les gens de lettres s'effraient ou s'enhardissent, selon leur âge ou leur génie. Le public attend, peut-être avec plus de curiosité que d'espérance; enfin les esprits sont en mouvement. La littérature est à la veille d'un 18 brumaire; mais Dieu sait où est Bonaparte! Exoriare aliquis.
[Fußnote, S. 547]
(1) Broschure in 8o
zurück
Erstdruck und Druckvorlage
Le Globe.
Bd. 2, 1825, Nr. 108, 17. Mai, S. 547-548.
Ungezeichnet.
Die Textwiedergabe erfolgt nach dem ersten Druck
(Editionsrichtlinien).
Le Globe online
URL: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb327828335/date
URL: https://catalog.hathitrust.org/Record/000530824 [Reprint]
URL: https://haab-digital.klassik-stiftung.de/viewer/toc/3603414950/
Literatur: Rémusat
Brandmeyer, Rudolf: Poetiken der Lyrik: Von der Normpoetik zur Autorenpoetik.
In: Handbuch Lyrik. Theorie, Analyse, Geschichte.
Hrsg. von Dieter Lamping.
2. Aufl. Stuttgart 2016, S. 2-15.
Cardwell, Richard A. (Hrsg.): The Reception of Byron in Europe.
2 Bde. London u.a. 2005/14.
Diaz, José-Luis: Sainte-Beuve historien du premier romantisme (1832-1849).
In: Une période sans nom.
Les années 1780-1820 et la fabrique de l'histoire littéraire.
Hrsg. von Fabienne Bercegol u.a.
Paris 2016, S. 243-271.
Duff, David: Romanticism and the Uses of Genre.
Oxford 2009.
Gaudon, Jean: Von Hugo bis Asterix: Walter Scotts Einfluß in Frankreich.
In: Nationale Grenzen und internationaler Austausch.
Studien zum Kultur- und Wissenschaftstransfer in Europa.
Hrsg. von Lothar Jordan u. Bernd Kortländer.
Tübingen 1995, S. 121-138.
Gendrel, Bernard / Labouret, Mireille (Hrsg.):
Les Cent-Jours vus de la littérature, suivi d'un inédit de Charles de Rémusat.
Strasbourg 2017.
Jarrety, Michel: La critique littéraire en France.
Histoire et méthodes (1800-2000).
Paris 2016.
Penzenstadler, Franz: Romantische Lyrik und Klassizistische Tradition.
Ode und Elegie in der französischen Romantik.
Stuttgart 2000.
Roland, Hubert: Le concept d'une macro-époque romantique à l'épreuve de l'histoire littéraire franco-allemande.
In: Colloquium Helveticum 52 (2023), S. 19-37.
Roldan, Dario: Charles de Rémusat.
Certitudes et impasses du libéralisme doctrinaire.
Paris 1999.
Treilhou-Balaudé, Catherine: De l'imitation à l'inspiration.
Shakespeare, contre-modèle et figure tutélaire au cœur de la bataille romantique en France.
In: Actes des congrès de la Société française Shakespeare 35 (2017), S. 1-14.
Literatur: Le Globe
Destro, Alberto: Goethe, Le Globe und die europäische Romantik.
In: Germanisch-Romanische Monatsschrift 55.1 (2005), S. 83-92.
Goblot, Jean-Jacques: Le Globe, 1824-1830.
Documents pour servir à l'histoire de la presse littéraire.
Paris 1993.
Goblot, Jean-Jacques: La jeune France libérale.
Le Globe et son groupe littéraire, 1824-1830.
Paris 1995.
Lüsebrink, Hans-Jürgen: La revue Le Globe - discours médiateurs et transferts culturel.
In: Transkulturalität nationaler Räume in Europa (18. bis 19. Jahrhundert).
Übersetzungen, Kulturtransfer und Vermittlungsinstanzen =
La transculturalité des espaces nationaux en Europe (XVIIIe-XIXe siècles).
Traductions, transferts culturels et instances de médiations.
Hrsg. von Christophe Charle.
Göttingen 2017, S. 113-132.
Mix, York-Gothart: Der Zauberlehrling und die Weltliteratur.
Die Zeitschriften Le Globe und Ueber Kunst und Alterthum im transkulturellen Dialog.
In: Transkulturalität nationaler Räume in Europa (18. bis 19. Jahrhundert).
Übersetzungen, Kulturtransfer und Vermittlungsinstanzen =
La transculturalité des espaces nationaux en Europe (XVIIIe-XIXe siècles).
Traductions, transferts culturels et instances de médiations.
Hrsg. von Christophe Charle.
Göttingen 2017, S. 133-150.
Traninger, Anita: Gelehrtenrepublik revisited.
Die Rezension und die medialen Voraussetzungen von 'Weltliteratur',
von den Nouvelles de la république des lettres zu Le Globe.
In: Die Rezension als Medium der Weltliteratur.
Hrsg. von Anita Traninger u. Federica La Manna.
Berlin 2023, S. 19-46.
Edition
Lyriktheorie » R. Brandmeyer