[anonym]

 

 

Text
Editionsbericht
Literatur: anonym
Literatur: Byron-Rezeption
Literatur: Le Constitutionnel

 

Lord Byron.

 

Qu'est-ce que Lord Byron? Telle est la question que j'entends faire par beaucoup de gens qui voient annoncer ses ouvrages dans tous nos journaux, ou qui trouvent parmi ses nombreux lecteurs des admirateurs passionnés. Vous adressez-vous à quelqu'un de nos nouveaux romantiques français, qui ait médité sur le barde de l'Angleterre? il vous répondra que c'est un esprit mystérieux, mortel, ange ou démon, un bon ou fatal génie, auquel on ne sait trop quel nom donner. Assurément, cela ne fera que redoubler votre curiosité. Pour moi, qui avais lu avec beaucoup d'intérêt les œuvres de cet esprit mystérieux, j'ai pensé que je n'avais rien de mieux à faire que de lire la notice du traducteur, pour éclaircir tous mes doutes. J'ai donc demandé à M. de Chastopalli: Qu'est-ce que Lord Byron? Voici ce qu'il m'a répondu: "Libre, sauvage, impétueuse et imposante dans ses inspirations hardies et même dans ses écarts, la littérature romantique est l'interprète de la nature, des passions, des souvenirs du moyen âge et des superstitions du cœur." Ensuite il m'a parlé du génie des temps chevaleresques et féodaux, des preux, des voûtes gothiques, des châtelains, des fées, des nuits silencieuses, des monts et des forêts. Désespérant d'obtenir une réponse tant soit peu catégorique d'un traducteur romantique qui élève la notice au ton de la poésie dont il se nourrit habituellement, j'allais quitter M. Chastopalli, lorsqu'il m'a appris que Lord Byron, indépendant par son caractère comme par sa fortune, exerce une sorte de magie tyrannique sur ses lecteurs, par la sombre énergie de son ame, le vague mélancolique de ses souvenirs, et la voix solennelle et terrible de ses douleurs et de ses sentimens.

Au reste, si M. Chastopalli veut me permettre de descendre de ces hauteurs, je reconnaîtrai, sans être précisément asservi à la magie tyrannique et au vague mélancolique, que Lord Byron est un homme d'un génie supérieur. Il est plein de verve et de passion, et dédaignant les règles de l'art, il s'abandonne sans réserve à tous les sentimens qu'il éprouve, à toutes les impressions qui le dominent; mais tout le monde sait cela. Qu'il ait une généalogie qui le fasse descendre de l'un des compagnons de Guillaume-le-Conquérant, cela nous importe fort peu et n'ajoute rien à son mérite. Ce qui est curieux, c'est qu'il est, à ce qu'on prétend, très-vain de cette antique origine, et qu'il y attache au moins autant d'importance qu'à ses succès poétiques. La notice nous apprend encore qu'il est souvent timide et silencieux, que d'autres fois il est expansif et se plaît à parler. Elle nous donne la description de ses noirs cheveux, de ses sombres sourcils et de ses yeux ardens et expressifs.

Tous les admirateurs du genre romantique sauront gré à M. Chastopalli d'avoir répandu, dans sa notice, quelque chose de vague et d'indéterminé, et d'avoir entouré son héros d'une atmosphère nébuleuse. Ils concevront aisément comment tout ce qui approche Lord Byron s'attache à lui irrésistiblement "par l'intérêt d'une curiosité secrète, indéfinie, et qui a quelque chose de pénible." Ils concevront aussi, ou du moins ils sentiront, "cette indifférence mal dissimulée qui donne une couleur plus prononcée à ce caractère déjà si romantique"; mais surtout, ce dont ils seront ravis, c'est qu'ils ne pourront se faire qu'une idée confuse de leur poète favori. La qualité distinctive d'un biographe romantique est de ne rien dire précisément sur son héros, mais de le transporter dans les régions imaginaires, et de donner une libre carrière à la pensée du lecteur sensible. Il me semble aussi que les heureux génies romantiques qui ont le privilége d'exalter les imaginations du dix-neuvième siècle, devraient toujours se tenir loin des regards profanes, et conserver dans la solitude l'existence mystérieuse et presque idéale qui leur convient.

Quand on voit de trop près ces objets d'un si grand enthousiasme, la froide réalité détruit toutes les illusions poétiques et fait évanouir toutes les images vaporeuses. C'est pourquoi, lorsque j'ai appris que Lord Byron lui-même devait venir à Paris, j'en ai été très-fâché; non-seulement les intérêts littéraires de sa seigneurie, mais encore les jouissances de ses lecteurs y perdront. Beaucoup de nos jolies femmes auxquelles ses conceptions hardies et terribles ont donné de délicieuses attaques de nerfs, risquent de tarir la source de leurs émotions lorsque l'idée fantastique qu'elles se forment du poète sera remplacée par le poète en personne. Aussi je conseillerai fort à nos romantiques français, et surtout à ceux qui ont entrepris de faire entrer la politique dans le domaine de l'imagination, d'aller faire un pélerinage dans la Grèce, et de se fixer à Venise dans quelque abbaye antique et solitaire, telle que celle qu'habite Lord Byron; leurs lecteurs en seraient enchantés et certains journaux y gagneraient quelque chose, ils deviendraient un peu moins absurdes et leur galimatias serait un peu plus clair.

Ceci me ramène à la notice. Elle contient quelques parties écrites avec un talent réel qui me fait regretter que l'auteur ait suivi l'école amphigourique sur laquelle il a même voulu renchérir. Son parallèle de Rousseau et de Lord Byron, quoique la similitude n'existe guère à quelques égards, offre des aperçus heureux. Ailleurs il peint très-bien l'influence des idées morales et religieuses du poète anglais sur son talent. Il a su également nous montrer l'empreinte de son caractère et de sa personne sur presque tous ses héros. Nons retrouvons presque la vie et les malheurs de Lord Byron dans ses ouvrages; ses désirs, ses passions, ses pensées habituelles s'y reproduisent sous mille formes, et pour parler comme M. Chastopalli, "son individualité revient sans cesse s'offrir à notre sympathie." Tantôt il se fait corsaire, tantôt renégat, ou bien il se place à la tête d'un peuple révolté. Partout on le suit avec intérêt, parce qu'il est toujours original, et qu'il peint tous les objets avec des couleurs fortes et belles, quoique souvent rembrunies, de l'imagination la plus fougueuse. Sa misantropie hautaine son dégoût superbe de la vie, son penchant à mettre ses héros dans des situations horribles et extraordinaires, font de Lord Byron un poète à part et le placent à l'une des sommités du Parnasse romantique.

Je laisse au lecteur curieux la faculté de lire dans la notice elle même, les détails de la séparation du barde britannique d'avec une épouse adorée, séparation qui augmente considérablement sa mélancolie, et par conséquent son talent poétique. Aussi lui a-t-elle inspiré les plus beaux vers, et les plaisirs des lecteurs s'accroissent de toutes les douleurs de leur poète favori. Les plaisans seront bien aises d'apprendre qu'il s'est formé une ligue de femmes contre lui. Ses belles compatriotes ne lui pardonnent pas ce blasphème proféré par Childe-Harold, en présence des brunes piquantes de l'Hespérie: "Qui irait chercher les pâles beautés du nord? qu'elles me paraissent faibles décolorées et languissantes!" Les buveurs d'eau seront sans doute flattés d'avoir un côté de ressemblance avec Lord Byron: "On ne verse jamais pour lui le nectar couleur de pourpre; jamais la coupe n'approche de ses lèvres; le pain le plus grossier, les herbes les plus simples, quelquefois le luxe des fruits de l'été, composent tous ses mets, qu'un anachorète rigide ne désavouerait pas (Le Corsaire)." Les amateurs de la natation auront une haute estime de Lord Byron quand ils sauront qu'il a traversé à la nage le détroit d'Abydos; mais au lieu de la tendre Héro; ce fut la fièvre qui reçut sur le rivage nouveau Léandre. Enfin les critiques apprendront qu'il méprise souverainement leurs jugemens, et qu'il fait le même cas de leurs éloges que de leurs censures. En le lisant on s'en aperçoit quelquefois.

La traduction revue et corrigée dans cette nouvelle édition est généralement écrite avec talent. (1) Si l'expression n'atteint pas toujours à la précision énergique de l'original, du moins elle est souvent poétique, et le style ne manque ni de facilité ni d'élévation.

 

 

[Fußnote, S. 4]

    (1) Deuxième édition revue et corrigée, augmentée d'une notice extrêmement curieuse, et ornée d'un portrait fort ressemblant. Trois vol, in-8. Prix, 18 fr., et 24 fr. par la poste.
    A Paris, chez Ladvocat, libraire, au Palais-Royal, galerie de bois n. 197 et 198.   zurück

 

 

 

 

Erstdruck und Druckvorlage

Le Constitutionnel.
1820, 20. November, S. 4.

Ungezeichnet.

Die Textwiedergabe erfolgt nach dem ersten Druck (Editionsrichtlinien).

URL: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb327475869/date
URL: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb32747578p/date
PURL: https://catalog.hathitrust.org/Record/012242312
URL: https://digipress.digitale-sammlungen.de/calendar/newspaper/bsbmult00000751

 

 

Literatur: anonym

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