Joseph-Gaspard Dubois-Fontanelle

 

 

Poésie lyrique.

 

 

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|217] La poésie, comme nous l'avons vu, a commencé par être un chant. Les inflexions de la voix lui donnèrent de la cadence et des modulations qu'elle conserva lorsqu'elle quitta la musique pour marcher seule, en gardant cependant son privilége d'accompagner celle-ci qui souvent a besoin d'elle. Elles forment ensemble un vieux couple que le besoin et un charme réciproque ont d'abord uni, qui se sépare quelquefois pour aller chacun de son côté, et qui se rapproche ensuite avec une nouvelle ardeur, une vivacité qui lui rappelle les premiers moments de sa vieille union.

Cette union contractée en naissant, souvent resserrée, quelquefois relâchée, n'a jamais été rompue; et toutes deux d'accord ont toujours embelli de leur présence les fêtes religieuses et civiles.

Le cantique de Moïse, après le passage de la mer Rouge, s'il n'est pas le premier, est du moins le plus ancien monument que nous ayons, tant du mariage des deux sœurs, que de cette espèce de poëme qui leur doit son origine. Il fut chanté en deux chœurs qui en répétèrent alternative[218]ment les couplets qu'ils coupèrent par des danses; car ce dernier art fut joint aux deux autres dans l'enfance de tous les trois: on peut le regarder comme de la même famille et le cadet des deux aînés. Ils furent également employés à la fois dans tous les premiers cultes. Les Juifs, qui en avoient trouvé l'usage établi dans celui de l'Egypte où l'on dansoit devant le dieu Apis, l'introduisirent aussi dans leurs fêtes; et ils le transportèrent dans les cérémonies de leur loi, aussitôt qu'elle leur eut été donnée. Ils chantèrent et dansèrent dans leur temple à Jérusalem quand ils en eurent bâti un, comme ils avoient chanté et dansé dans leur tabernacle au fond du désert, et comme plus récemment leur roi David avoit dansé et chanté devant l'Arche en s'accompagnant de sa harpe.

Les fêtes religieuses, dans presque tous les cultes anciens, faites pour ramener l'homme à la divinité, établies pour rappeler un bienfait, et consacrées par la reconnoissance, étoient des fêtes de joie: on venoit remercier les dieux, implorer de nouvelles faveurs. On croyoit qu'ils assistoient eux-mêmes aux cérémonies; et cette idée inspiroit de l'alégresse et non de la terreur; on les honoroit en se réjouissant en leur présence. Observons en passant que nos théologiens qui condamnent aujourd'hui les spectacles, après en avoir donné eux-mêmes quantité de sacrés qui, en goût et en morale, ne valoient pas les profanes, enveloppent aussi la danse dans cette proscription, et n'en ont pas moins également dansé avec les fidèles dans les premiers temps de l'église, aux fêtes solennelles; et que dans des temps postérieurs, ils ont été plus loin. En 1562, lorsque Philippe II, roi d'Espagne, passa à Trente pendant que le concile y étoit assemblé, les pères jugèrent convenable de lui donner un bal auquel ils invitè[219]rent toutes les dames de la ville. Le cardinal Hercule de Mantoue l'ouvrit avec la plus belle et la plus qualifiée. Son Eminence, dit le cardinal Pallavicini dans l'histoire qu'il a écrite de ce concile, dansa malgré son âge avancé, avec autant de grace que de modestie et de dignité (1). Après cela, on peut s'étonner de la sévérité de ceux qui condamnent les bals et la danse; ils doivent au moins quelque indulgence au goût de la belle jeunesse pour un amusement justifié par l'exemple et l'autorité d'un concile.

Cette anecdote sans doute piquante entroit naturellement dans l'histoire de la poésie, de la musique et de la danse. Les trois sœurs furent toujours réunies dans les réjouissances publiques et particulières: elles le furent d'abord aussi dans les temples, où l'on n'appelle plus aujourd'hui que les deux aînées; et c'est de l'alliance intime de celles-ci que la première a tiré son nom de poésie lyrique. Sous cette dénomination l'opéra en fait partie; mais comme sa forme l'assujettit à la plupart des règles de la tragédie et de la comédie, nous avons dû le comprendre dans la poésie dramatique.

Les deux sœurs sont souvent réunies aujourd'hui dans les temples pour les cérémonies du culte, comme elles l'étoient autrefois. Dans tous les temps, on a chanté les louanges des Dieux, les actions des héros morts pour la défense de la patrie, les bienfaiteurs et quelquefois les fléaux de l'humanité, les charmes de sa maîtresse, les sen[220]timents de l'amitié, les plaisirs de la table. Ces différents emplois de la poésie lyrique ont donné lieu aux hymnes et à l'ode héroïque qui ne sont qu'un seul genre, à l'ode anacréontique, ainsi qu'à la chanson qui découle de celle-là. C'est de cette manière que Boileau a peint ces différents caractères de l'ode.

L'ode, avec plus d'éclat et non moins d'énergie,
Elevant jusqu'au ciel son vol ambitieux,
Entretient dans ses vers commerce avec les dieux.
Aux athlètes dans Pise elle ouvre la barrière,
Chante un vainqueur poudreux au bout de la carrière,
Mène Achille sanglant aux bords du Simoïs,
Ou fait fléchir l'Escaut sous le joug de Louis.
Tantôt, comme une abeille ardente à son ouvrage,
Elle s'en va de fleurs dépouiller le rivage.
Elle peint les festins, les danses et les ris,
Vante un baiser cueilli sur les lèvres d'Iris,
Qui mollement résiste; et, par un doux caprice,
Quelquefois le refuse afin qu'on le ravisse.

Ces beaux vers expliquent avec feu la nature de l'ode, et ce qu'elle doit être dans tous ses genres que nous allons parcourir.

 

 

[Fußnote, S. 219]

(1) On sent bien que la vénérable Eminence ne dansa ni un rigodon, ni une gigue, ni une bourrée; mais un de ces pas graves, tels que le menuet qui, en usage dans les deux derniers siècles, est passé de mode aujourd'hui.   zurück

 

 

 

 

Erstdruck und Druckvorlage

J. G. Dubois Fontanelle: Cours de belles lettres.
Bd. 3. Paris: Dufour 1813, S. 217-220.

Die Textwiedergabe erfolgt nach dem ersten Druck (Editionsrichtlinien).

PURL: https://hdl.handle.net/2027/njp.32101020534333
URL: https://books.google.fr/books?id=OcQEkp5Y2zkC
URL: https://archive.org/details/bub_gb_OcQEkp5Y2zkC

 

 

 

Literatur

Brandmeyer, Rudolf: Poetiken der Lyrik: Von der Normpoetik zur Autorenpoetik. In: Handbuch Lyrik. Theorie, Analyse, Geschichte. Hrsg. von Dieter Lamping. 2. Aufl. Stuttgart 2016, S. 2-15.

Jackson, Virginia: Art. Lyric. In: The Princeton Encyclopedia of Poetry and Poetics. Hrsg. von Roland Greene u.a. 4. Aufl. Princeton u.a. 2012, S. 826-834.

Rodriguez, Antonio (Hrsg.): Dictionnaire du lyrique. Poésie, arts, médias. Paris 2024.

Sgard, Jean: Dubois-Fontanelle, professeur de belles-lettres. In: L'Allemagne et la France des Lumières. Mélanges offerts à Jochen Schlobach par ses élèves et amis. Deutsche und französische Aufklärung. Hrsg. von Michel Delon u. Jean Mondot. Paris 2024, S. 293-304.

Zymner, Rüdiger: Lyrik. Umriss und Begriff. Paderborn 2009.

Zymner, Rüdiger (Hrsg.): Handbuch Gattungstheorie. Stuttgart u.a. 2010.

 

 

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